La mort (2)

La mort physique arrive lorsque l’âme qui gère le corps est arrivée au terme de sa vie terrestre.

Le terme de la vie terrestre

Jésus mort sur La Croix
Eglise de San Polo (Venise) – Chemin de croix XII – Jesus meurt sur La Croix, Giandomenico Tiepolo(P1)

Qui d’entre vous, en se faisant du souci, peut ajouter une coudée à la longueur de sa vie ?

Evangile de Jésus selon Saint-Matthieu, 6 : 27


white clouds

« Nul homme n’est maître de son souffle au point de retenir le souffle de sa vie.

Nulle maîtrise sur le jour de la mort, nulle délégation pour ce combat : le crime ne sauve pas le criminel. »


–L’Ecclésiaste, 8 : 8


Toute âme [goûtera à] la mort. Vous recevrez vos récompenses au jour de la Résurrection. Celui qui aura évité le feu et qui entrera dans le Paradis, celui-là sera bienheureux, car la vie d’ici-bas n’est qu’une jouissance trompeuse.

Coran, 3 : 182

La vie terrestre en tant qu’étape

La vie terrestre n’est qu’une étape dans la vie de l’âme.

person riding kayak

Qui sait ce qui est bon pour l’homme durant sa vie, durant le peu de jours de cette vie de vanité qu’il traverse comme une ombre ?

Qui donc peut lui révéler ce qui, après lui, sera sous le soleil ?


L’Ecclésiaste, 6 : 12

Texte à méditer : l’experience de la mort, Paul-Louis Landsberg(1)

Ch. I. Position de la question

« L’espèce humaine est la seule qui sache qu’elle doit mourir, et elle ne le sait que par l’expérience ». C’est par cette constatation que Voltaire, souvent bien plus inquiet qu’on ne le croirait, pose, dès le début de son traité sur l’homme, le problème sous son vrai jour. (…)

Ch. IV. « Répétition » de l’expérience de la mort du prochain

(…) Cette expérience de la mort du prochain est singulière chaque fois qu’elle s’accomplit. La mort y est donnée dans sa singularité personnelle. Chaque mort est unique comme le mode de présence de chaque personne. Mais ensuite, une intuition de la nécessité de la mort peut surgir. L’enchaînement le plus étroit entre un événement d’ordre vital et une disparition de la personne est devenu perceptible aux yeux de l’esprit. La personne devient absente de cette manière étrange, à l’instant même où le processus vital dans un organisme donné a pris fin. Ce changement de rapport peut être reconnu comme essentiel et nécessaire dans toute expérience de ce genre.

Le corps vivant devient un cadavre. Mais un cadavre n’est plus un lieu pour la présence d’une personne. L’aspect même du cadavre ne nous enseigne pas seulement qu’ici le processus vital propre à un individu de l’espèce humaine est arrivé à sa fin, mais, une fois introduite la catégorie de la personne, cet aspect nous enseigne aussi que l’esprit personnel ne peut plus se réaliser dans ce corps.

Dans les yeux ouverts d’un défunt nous apercevons non seulement la fin de la vie, mais aussi bien la disparition de la personne spirituelle. Nous voyons même que l’un ne peut plus être présent, parce que l’autre n’est plus là. La vie, dans le sens biologique du mot, montre, en se terminant, qu’elle est la base de la présence, base indispensable à la réalisation de l’esprit personnel dans l’être humain. (…)

Pistes de reflexion : La mort et l’au-delà dans différentes culture

La mort physique signe la fin du corps, pas de l’âme.

Le corps sans l’âme humaine

Lorsqu’un corps est maintenu en vie malgré la mort de l’âme, rien ne fera reprendre une vie véritable au corps.

A méditer : le coma entre la vie et la mort ?

La mort : une délivrance

La mort physique libère l’âme de la prison du corps et de toutes les causes physiques de souffrance.

A méditer : Le suicide d’honneur au japon, la fin des souffrances ?

Le suicide des hommes : Seppuku ou Hara-Kiri
Seppuku de Akashi Gidayu Suicide

Ce qu’il allait accomplir appartenait à sa vie publique, à sa vie de soldat dont sa femme n’avait jamais été témoin. Cet acte exigeait autant de volonté que se battre exige de courage ; c’était une mort dont la dignité et la qualité n’étaient pas moindres que celle de la mort en première ligne. Ce dont il allait faire montre, c’était de sa conduite sur le champ de bataille.

– Mishima, Patriotisme(2)


Le général Akashi Gidayu s’apprêtant à faire seppukuYoshitoshi Tsukioka, vers 1890.

Le suicide des femmes : le Jigai
«Con onor muore», Madame Butterfly, opéra en trois acte de Puccini, 1904

Con onor muore chi non può serbar vita con onore

Tu, tu piccolo Iddio ! Amore, amore mio, fior di giglio e di rosa.

Non saperlo mai per te, per i tuoi puri occhi, muor Butterfly perché tu possa andare di là dal mare senza che ti rimorda ai dì maturi, il materno abbandono.

O a me, sceso dal trono dell’alto Paradiso, guarda ben fiso, fiso di tua madre leai faccia !… che te n’resti una traccia. Guarda ben !
Amore, addio !
Addio! piccolo amor ! Va. Gioca, gioca. 

Que meure avec honneur celui qui ne peut vivre dans l’honneur

Toi, toi mon petit dieu Amour, mon amour, Fleur de lys et de rose.

Ne sache jamais, c’est pour toi, pour tes yeux purs que meurt Butterfly, pour que tu puisses aller au-delà des mers sans que tu aies le remords quand tu seras grand de l’abandon de ta mère.

Ô toi qui m’es descendu du trône
du haut Paradis, regarde bien, fixe
le visage de ta mère !… afin qu’il t’en reste une image.
Regarde bien ! Amour, adieu !
Amour, petit amour ! Va. Joue, joue. 


Sources bibliographiques :

  1. Landsberg Paul-Louis, Essai sur l’expérience de la mort, 1937, Edition du Seuil de 1993, p 17, p. 35 – 36, ISBN : 2-02-017283-6
  2. Mishima Yukio, La mort en été, Patriotisme, 1983, Gallimard, Folio, p. 191, ISBN : 2-07-038036-X

Crédits photo :

  1. Didier DescouensChiesa di San Polo (Venice) – VIA CRUCIS XII – Jesus dies on the crossCC BY-SA 4.0
  2. Yoshitoshi artist QS:P170,Q467337, Akashi Gidayu writing his death poem before committing Seppuku, marked as public domain, more details on Wikimedia Commons

Article suivant : La possession


La mort (1)

L’âme humaine est attirée par la question de la mort.

Arbre mort
Photo by Oleg Magni on Pexels.com

La mort prend de nombreuses formes selon le point de vue pratiqué. Nous allons faire un tour d’horizon.

La mort physique

Le premier point de vue, simple en apparence, est le point de vue physique. La mort est ce qui arrive à la fin de la vie. Lorsque la vie quitte un corps, le corps se décompose.

Les hommes en naissant sont tendres et frêles,
La mort les rend durs et rigides ;
En naissant les herbes et les arbres sont tendres et fragiles, 
La mort les rend desséchés et amaigris.

Le dur et le rigide conduisent à la mort ;
le souple et le faible conduisent à la vie.

Forte armée ne vaincra ;
grand arbre fléchira.

La dureté et la rigidité sont inférieures ;
la souplesse et la faiblesse sont supérieures.

— Lao-Tseu, 76, Tao tö king(1)

grayscale photo of bare treeArbre mort
Photo by icon0.com on Pexels.com

Le devenir de l’âme

Mais, forcément, la mort n’est pas la fin de l’âme, car l’âme est destinée après sa mort à vivre dans l’un des trois lieux de l’Après-Vie.

man holding hoe

Et que la poussière retourne à la terre comme elle en vint,

et le souffle de vie, à Dieu qui l’a donné.


L’Ecclésiaste, 12 : 7

De la poussière, [Le Seigneur] relève le faible, Il retire le malheureux de la cendre pour qu’il siège parmi les princes, et reçoive un trône de gloire. 

Premier livre de Samuel, 2 : 8

Un texte à méditer : La mort du roi Warwolf

Mort du roi Warwolf
La Mort du Roi Warwolf, gravure sur bois de Joseph Swain
d’après un dessin de Frederick Sandys, 1862(P1)
La Mort du Roi Warwolf, une légende norroise

Le grand Roi Warwolf vieillissait,
Et sentant que la mort était à portée de main,
Résolu à mourir comme un héros le devrait —
Pas confiné dans un lit, puis enseveli dans le sable ;
Alors il revêtit bravement sa cotte de mailles dorée,
Et pris sa hache et son plus solide bouclier,
Et sa lance, et son arc, et son épée à deux tranchants—
Que personne d'autre que lui-même ne pouvait manier.

Et il ordonna de traîner sa galère en avant,
Et de la charger des plus secs des troncs de pin,
Et de les stocker avec des tonneaux de chêne noueux et cerclés,
Et de les empiler, alignés, avec des pommes de pin.
Alors ils mirent toutes les voiles en drap d'or dehors,
Et ils attachèrent le gouvernail bien usé plein nord,
Et ils l'ont descendu sur leurs boucliers d'airain
Sur la barque qui devait l’emporter.

Assis droit sur son trône de sapin,
Dans sa robe royale et sa couronne étincelante,
Pendant que la galère fatale l’emportait
Lentement hors de vue de la ville,
Chantant des hymnes de louange à Odin,
Gaiement, mais avec un souffle défaillant,
Il est allé dans la splendeur et le cœur intrépide,
D'une manière royale rencontrer le Roi de la Mort.

Ils ont regardé jusqu'à ce qu'ils voient le navire couler
Au-dessous de la longue ligne grise de la mer ;
Et puis il y eu un grand éclat rouge,
Qui semblait par à-coups cramoisi,
Tout le vaste ciel, et fondre les vagues
Dans un chaudron de lumière rouge sang,
Et juste après, tout d'un coup est tombée
Une obscurité accablante, et puis vint la NUIT.

George Walter Thornbury(2)

Ressource externe :



Un second texte à méditer : la mort du lettré retiré Rao(3)

« Un jour, il mena ses disciples au sommet du mont Huagai, il leur transmit le Dao ultime et prononça le serment suivant :

« Préservez votre qi et parlez peu ; détachez-vous de toute envie de richesse, de gloire ou de satisfactions charnelles. Accumuler des mérites est la chose la plus importante ; demander pardon pour vos fautes est la seconde. Aller au secours des gens en guérissant leurs maladies, en écartant leurs désastres et calamités et en évitant sécheresses et inondations permet d’acquérir les mérites les plus nombreux. Etre loyal envers son souverain, pieux envers ses parents, conciliant envers tous, bienveillant et digne de confiance constitue votre conduite.

Qi
Qi

En pratiquant ainsi vous serez uni au Dao et recevrez des récompenses invisibles : même si vous n’avez pas pris le Très-Haut comme maître (c’est-à-dire, été ordonnés en comme daoshi), vous serez déjà déjà parmi les immortels

Immortels tao
Huit immortels, 1873, Mori Kansai(P2)

Il dit encore : « Maintenant se tient la réunion des immortels et transcendants au pic du Bambou vert, j’ai été convoqué et ne puis rester plus longtemps avec vous.» Il agita la main pour prendre congé de ses disciples et un fort vent se leva qui fit voler la poussière, il se mit à marcher à la vitesse d’un cheval au galop et tout d’un coup il avait disparu. Depuis lors, la liturgie correcte s’est diffusée dans le monde. »

Sources bibliographiques :

  1. Lao-Tseu, Tao Tö King, traduit du chinois par Liou Kia-Hway, 1967, Coll. Connaissances de l’Orient, Gallimard, p. 114
  2. Thornbury G.W., The death of King Warwolf, 30 août 1862, vol. 7, n°166, Once a Week, Londres
  3. Goossaert Vincent, Vie des saints exorcistes, Hagiographies taoïstes XIe-XVIe siècles, 2021, Belles Lettres, Bibliothèque chinoise, p. 105, ISBN : 978-2-251-45189-3

Crédits photos :

  1. Frederick Sandys artist QS:P170,Q1470796 Joseph Swain artist QS:P170,Q16856885, Frederick Sandys – The Death of King Warwulf, marked as public domain, more details on Wikimedia Commons
  2. Mori Kansai creator QS:P170,Q18011598 , Mori Kansai – Eight Immortals – 2001.16B – Rhode Island School of Design MuseumCC0 1.0

Article suivant : La possession

You cannot copy content of this page